Être investisseur n’est pas simple. Les marchés sont imprévisibles… et nous aussi. Ce n’est pas seulement une question d’économie ou de finance. C’est aussi une question de psychologie : notre propre esprit peut devenir notre pire ennemi en matière d’investissement.

Regardez les tentations actuelles : Bitcoin, les géants technologiques américains, l’or… Tout est accessible en un simple clic. On parle d'ailleurs de l'or ce mois-ci dans la section Bourse.

Benjamin Graham, l’un des penseurs les plus respectés de l’investissement, l’a dit sans détour : "Le principal problème de l’investisseur – et même son pire ennemi – est probablement lui-même".

Pourquoi notre cerveau nous joue des tours ?

Notre prise de décision repose sur deux systèmes cognitifs :

-Le premier est rapide et instinctif, influencé par nos émotions et conçu pour la survie. Il réagit à la peur et à la récompense, nous poussant à agir sous le coup de l’impulsion. C’est lui qui nous incite à suivre les tendances, à courir après les marchés en hausse et à céder à la peur de rater une opportunité (FOMO : fear of missing out).

-Le second est plus lent et rationnel. Il prend le temps d’analyser les informations, de peser les risques et de prendre des décisions réfléchies.

Le problème ? Sous pression, notre cerveau instinctif (reptilien) prend souvent le dessus. Or, l’investissement est une discipline pleine de moments de tension et d’incertitude.

Quand notre instinct nous égare.

Nous ne faisons pas confiance à notre instinct au hasard : il s’impose surtout dans des situations spécifiques… qui sont malheureusement très fréquentes en investissement.

Lorsque les marchés deviennent complexes, que l’information est incomplète ou change en permanence, ou que nous devons jongler entre plusieurs objectifs financiers, notre cerveau rapide prend les commandes. Il en va de même lorsque nous sommes stressés ou influencés par les décisions financières des autres.

Prenons un exemple :
Faut-il privilégier la sécurité et limiter les risques aujourd’hui, ou prendre plus de risques pour espérer un meilleur rendement à long terme ? Cette tension seule peut déclencher des décisions irrationnelles.

Nous sommes également influencés par l’environnement. Voir nos amis, collègues ou les médias s’emballer pour une opportunité d’investissement et mêne acquérir des choses (immobilier, cryptos etc...) rend difficile le maintien d’une approche rationnelle.

En résumé, vos propres biais, l'environnement, vos illusions, des faits mal interprétés peuvent conduire à une décision intuitive (et non rationnelle) menant à une prise de risque inappropriée et un résultat non attendu.

Les biais cognitifs les plus fréquents.

Notre cerveau est sujet à plusieurs biais cognitifs qui affectent nos décisions d’investissement :

-Le biais de récence : nous avons tendance à accorder trop d’importance aux événements récents, comme la flambée du Bitcoin ou la hausse de l’or, en pensant que cela va continuer indéfiniment.

-L’excès de confiance : nous croyons pouvoir identifier les meilleurs investissements ou déceler des schémas cachés dans les marchés… alors que ces "patterns" sont souvent illusoires. C’est le même biais qui pousse les joueurs à croire qu’ils sont "en veine".

-Le biais rétrospectif : nous avons l’impression que les mouvements passés des marchés étaient prévisibles, ce qui nous donne l’illusion que nous pouvons anticiper l’avenir. En réalité, personne ne peut le faire avec certitude.

-L’ancrage : nous fixons notre attention sur des chiffres spécifiques. Par exemple, si le marché boursier double en dix ans puis perd 15 % en quelques mois, de nombreux investisseurs ressentiront une perte, simplement parce qu’ils se comparent au pic récent plutôt qu’au point de départ.

-Le biais de familiarité : nous avons tendance à privilégier ce que nous connaissons, comme les actions de notre pays. Or, cette préférence locale peut nous faire passer à côté d’opportunités bien plus intéressantes ailleurs dans le monde.

Comment reprendre le contrôle de ses décisions ?

Le secret pour contrer ces biais ? Ralentir et activer notre réflexion rationnelle.

Avant de prendre une décision d’investissement, posez-vous ces quelques questions :

Est-ce que je réagis uniquement aux fluctuations récentes du marché ?
Est-ce que je crois avoir un avantage sur les investisseurs professionnels ?
Suis-je en train de supposer qu’une tendance va continuer simplement parce qu’elle est à la hausse ?
Est-ce que je pense que les mouvements passés du marché étaient évidents après coup ?
Suis-je trop confiant dans ma capacité à prévoir l’avenir ?
Ai-je choisi cet investissement simplement parce qu’il m’est familier ?
Ai-je bien évalué les risques ou suis-je seulement excité par le potentiel de gain ?

Si la réponse est "oui" à l’une de ces questions, prenez du recul.

Les erreurs d’investissement motivées par nos émotions coûtent cher. Moins d’argent à la retraite signifie moins de choix et de liberté à l’avenir.

Les meilleurs investisseurs savent résister aux tentations. Ils suivent un processus rigoureux, ignorent le bruit ambiant et laissent leur rationalité prendre le dessus.

Faites de même. Votre futur vous en remerciera.